INTRODUCTION : Après six ans de vie de couple et de grandes aventures de bikepacking vécues avec son partenaire, notre ambassadrice Louise Philipovitch partage son expérience pour rendre le bikepacking à deux un peu plus fluide… et surtout plus agréable !
Partager une petite tente étroite, passer parfois plusieurs jours sans se laver, être ensemble 24 heures sur 24 : le bikepacking en couple peut représenter bien des défis, et nombreux sont les moments qui pourraient faire vaciller le grand amour !
Pour Justin et moi, le bikepacking est arrivé très tôt dans notre relation. Dès notre quatrième date, nous voilà partis pour quatre jours de micro-aventure en camping sauvage. Autant dire que c’était une sacrée entrée en matière, et un excellent moyen de faire connaissance… et de savoir rapidement si ça cliquait entre nous !

Notre relation naissante ayant survécu à ce petit test, notre amour s’est confirmé et approfondi au fil des années. Nous avons très vite compris que le plein air et les aventures à vélo feraient partie intégrante de notre vie ensemble.
En 2022, nous sommes partis six mois à vélo à travers différentes chaînes de montagnes européennes : les Picos de Europa, les Pyrénées, les Alpes, avant de poursuivre jusqu’à l’Atlas marocain. Puis, en 2024, nous avons traversé les montagnes du Caucase, en Géorgie et en Arménie. Enfin, en 2025, nous avons vécu le voyage à vélo le plus intense et exigeant de notre vie : trois mois dans l’Ouest et le Nord canadien, à travers des régions particulièrement isolées, avec notamment une expédition sur la Canol Heritage Trail, une ancienne route abandonnée depuis la Seconde Guerre mondiale et aujourd’hui presque impraticable.
Toutes ces aventures ont été absolument exceptionnelles à vivre à deux, et je réalise la chance que j’ai d’avoir un partenaire attiré par le même type de voyage que moi : reculé, engagé, impliquant beaucoup de hike-a-bike et parfois de sérieux doutes sur ce que nous faisons là ! Mais chaque voyage a aussi apporté son lot de malentendus, de disputes et de compromis. Parce que c’est aussi ça, la vie de couple.
Voici quelques éléments que je retiens de toutes ces années à voyager ensemble.

Clarifier les attentes avant le départ
Quel type de voyage voulons-nous vivre ?
Le mieux est que chaque personne fasse le point de son côté sur ce qu’elle attend réellement du trip. Est-ce qu’on cherche surtout un défi physique et du dépassement de soi ? Ou plutôt un voyage calme, où l’on prend le temps de s’arrêter régulièrement pour faire des photos, discuter avec les gens rencontrés en chemin et profiter du moment ?
Est-ce qu’on préfère un itinéraire déjà entièrement planifié, avec des réservations et une logistique bien établies, ou au contraire laisser de la place à l’improvisation et aux changements de dernière minute ?
Clarifier ces éléments en amont évite énormément de frustrations une fois sur la route.

Connaître ses attentes par rapport au confort
Le confort peut vouloir dire beaucoup de choses différentes selon les personnes. Où veut-on dormir ? À quelle fréquence souhaite-t-on se laver ? Quel type de nourriture nous fait réellement du bien après plusieurs jours dehors ? À quel rythme veut-on laver ses vêtements ?
Si l’une des personnes du couple a ses menstruations, il peut aussi être pertinent de prévoir ponctuellement une chambre ou un endroit avec accès à des infrastructures plus confortables.
Et quand je parle de confort, je parle aussi de sécurité.
Certains endroits semblaient tout à fait corrects pour installer la tente pour l’un de nous, alors que l’autre ne s’y sentait pas à l’aise. Même chose pour certains terrains techniques ou passages plus engagés.
Mettre ces limites et ces besoins au clair est essentiel pour éviter des situations de stress, d’inconfort ou de peur.

Apprendre à gérer des rythmes différents
C’est probablement l’un des plus grands défis du vélo à deux : trouver un rythme commun.
Surtout lorsqu’il y a du dénivelé. Je ne connais pratiquement aucun couple où les deux personnes roulent exactement à la même vitesse, autant en montée qu’en descente. Et lorsqu’on traverse des chaînes de montagnes avec plusieurs cols par jour, cela peut rapidement devenir un enjeu !
Je recommanderais donc de rouler ensemble avant le voyage afin d’identifier les moments où les rythmes diffèrent le plus, mais aussi de discuter du kilométrage et du dénivelé quotidiens qui restent agréables pour chacun.e.
Il est aussi important de discuter des moments où l’on roule ensemble versus ceux où chacun.e peut avancer à son propre rythme.
Par exemple, Justin est plus rapide que moi en montée, et nous nous sommes entendus pour qu’il m’attende en haut des côtes.
Pour moi, il est également essentiel de définir clairement à quelle fréquence on s’attend et combien de temps on est à l’aise de se perdre de vue, surtout sur du terrain technique ou dans des endroits reculés. Une chute, un problème mécanique ou simplement une erreur de parcours peuvent arriver très vite. Si l’un des deux partenaires est loin devant, il faut savoir à partir de quel moment cette personne revient sur ses traces pour vérifier que tout va bien.
Communiquer régulièrement
Faire le point sur les moments difficiles, bien sûr, mais aussi prendre le temps de savourer ensemble les beaux moments de la journée.
Justin et moi avons développé un petit rituel le soir : nous nous demandons quels ont été nos moments préférés de la journée. Cela nous aide à vraiment apprécier le voyage, même lorsque nous sommes fatigués ou absorbés par la routine du campement, du souper ou du montage de la tente.
Souvent, il nous arrive de ne presque pas parler pendant plusieurs heures lorsque nous roulons. Pourtant, chacun vit énormément de choses intérieurement durant la journée. Le soir devient alors un moment privilégié pour partager tout ça.
Ça peut être quelque chose de particulier aperçu dans le paysage, un podcast qui nous a marqué, une idée créative qui a émergé en roulant, ou simplement une anecdote drôle vécue sur le vélo.

Oser se lancer !
Au final, je crois que le bikepacking en couple est une belle épreuve de communication, d’écoute et de compromis. Mais c’est aussi une façon incroyable de construire des souvenirs communs et de grandir ensemble à travers l’aventure.
Une règle d’or qui nous a sauvés de nombreuses disputes au fil des années : ne jamais entamer une discussion sensible lorsqu’on a faim ! Mieux vaut toujours manger un bon repas avant d’aborder les frustrations ou les tensions accumulées pendant la journée ;)
En conclusion, le bikepacking à deux peut représenter de nombreux défis, surtout dans des régions reculées où l’accès au confort est limité. Pourtant, cela reste selon moi l’une des plus belles expériences à vivre en couple. Partager une aventure de cette intensité est une manière très particulière de faire grandir une relation et de créer une complicité profonde.

Faire du plein air à deux, c’est aussi construire une mémoire commune. Il n’y a probablement personne avec qui je partage autant de souvenirs qu’avec Justin. Des années plus tard, il est encore capable de me rappeler avec précision une anecdote oubliée, un bivouac improbable ou un moment complètement absurde vécu quelque part au milieu des montagnes. Et je crois que c’est l’un des plus beaux cadeaux de toutes ces aventures partagées.