Joséphine Péloquin a couru professionnellement en Europe ces dernières années et a eu le plaisir de courir sur Paris-Roubaix et le circuit Het Nieuwsblad, deux courses du World Tour, entre autres. Récemment, elle a décidé de revenir à la maison et de se concentrer sur son éducation. Et maintenant, elle est de retour au Québec et découvre sa propre cour sur deux roues.
Quand je repense à cette semaine de cyclotourisme, ce ne sont pas tant les kilomètres parcourus dont je me souviens, mais plutôt tous les moments qui ont marqué cette aventure.
Dès les premières minutes suivant mon départ, je n’ai pas eu d’autre choix que d’adopter un véritable état d’esprit d’aventure. Je suis partie de Montréal un lundi matin, sous une pluie froide de printemps. Après seulement quelques kilomètres, j’étais déjà complètement trempée et je me demandais sérieusement dans quoi je m’étais embarquée… Les rues désertes de Montréal accentuaient à la fois le sentiment de solitude et cette impression de liberté qui accompagne le début d’un voyage.

Après avoir traversé Montréal et Laval, j’ai emprunté le P’tit Train du Nord jusqu’à Mont-Blanc, où j’ai installé ma tente pour la nuit. Le lendemain matin, après un bon gruau, je suis allée remplir mes gourdes à la halte du village. J’y ai rencontré un employé municipal avec qui j’ai discuté de son travail et de mon périple. Avant de repartir, il m’a souhaité bonne route avec une bonne humeur contagieuse qui m’a portée pendant les 150 kilomètres que j’avais à parcourir cette journée-là.
Je suis donc partie de Mont-Blanc le sourire aux lèvres, prête à entamer ma journée. Vers le milieu de l’après-midi, j’ai commencé à sentir mon dos brûler légèrement, sans trop m’en inquiéter. Mais en arrivant à Berthierville, après ma journée de vélo, j’ai aperçu mon reflet dans la fenêtre d’un IGA et j’ai réalisé l’ampleur des dégâts : mon dos était rouge écarlate et la douleur devenait de plus en plus intense.

J’ai décidé de prendre un motel pour la nuit afin de soigner ce qui s’annonçait comme un sérieux coup de soleil. La nuit a été plutôt horrible. J’essayais de trouver une position où mon dos et mes épaules ne touchaient pas le matelas afin de réussir à dormir quelques heures.
J’ai ensuite adapté mon parcours pour les troisièmes et quatrièmes journées, puisque mon corps avait besoin de récupérer un peu si je voulais réussir à me rendre jusqu’à Québec. Ces journées m’ont toutefois offert un tout autre décor. En longeant le Chemin du Roy, j’ai découvert certains des plus beaux paysages du voyage. Les villages historiques, le fleuve et les routes paisibles rendaient chaque kilomètre particulièrement agréable. Malgré mon dos encore douloureux, je profitais pleinement du moment et je me sentais heureuse.

À mon arrivée à Québec, j’ai dévoré une incroyable pizza sur la recommandation de mon amie Florence, qui m’hébergeait pour la nuit. Ce soir-là, mon copain m’a rejointe après avoir pris l’autobus depuis Montréal afin de terminer l’aventure avec moi.
Sa présence a changé beaucoup de choses. Il m’a aidée à prendre soin de mon coup de soleil, qui avait finalement dégénéré en brûlure au deuxième degré, à transporter une partie des bagages — et de la charge mentale liée à l’organisation — ainsi qu’à garder le moral lorsque la douleur devenait plus difficile à gérer. Après plusieurs jours à voyager seule, j’étais heureuse de partager la suite du périple avec quelqu’un.

Les trois dernières journées ont passé à toute vitesse. Nous avons traversé le pont de Québec avant d’enchaîner de longues pistes cyclables à l’abri de la circulation automobile, en passant par Lévis, Victoriaville et Richmond.
Je suis finalement rentrée à Montréal en soirée, après sept jours de vélo, 850 kilomètres parcourus et énormément d’apprentissages. Malgré mes jambes fatiguées, je sentais mon cœur rempli et ma tête légère après cette aventure.
J’en retiens un immense sentiment de fierté, une confiance renouvelée en mes capacités et, surtout, l’envie de repartir à l’aventure sur les routes du Québec.
- Joséphine